Loin de nous l’idée de vouloir l’embarrasser, mais enfin, merde, reconnaissons le : Nicolas Ungemuth, tenancier depuis 10 ans de la rubrique rééditions de Rock&Folk, est probablement le rock-critic actuel le plus passionnant.
Un dépouillement rapide de mes vieux Rock&Folk offre un aperçu de la variété de ses centres d’intérêt. Éclectique et vorace, il peut tout aussi bien disserter amoureusement sur la blondeur de Dusty Springfield ou sur les chemises à jabots de Dave Davies. Garage psyché, rap old school, reggae d’époque, folk anglais, country sudiste, blues d’avant-guerre, post-punk refroidie, rien de tout cela ne lui est inconnu. Je ne compte plus les choses indispensables qu’il m’aura permis de découvrir : Lee Hazlewood, le Gun Club, Duncan Browne, le garage-rock sixties, la northern-soul, la surf-music, ou plus récemment The Jim Jones Revue (vu en concert à la Maroquinerie : quelle tuerie !)… Et bien sûr (et surtout) Richard Hawley, le dernier des Grands.
Se plonger (compulsivement ou en dilettante) dans ses chroniques c’est découvrir l’histoire du rock par ses marges et autres chemins de traverse. En effet, une large place y est réservée à de glorieux inconnus voire à de la franche série B. Qui de nos jours connaît et à plus forte raison écoute, au hasard, Jackie DeShannon, The Grass Roots ou Jim Ford ?
Bref, la rubrique réédition de Rock&Folk, c’est une authentique caverne d’Ali-Baba : On y trouve de tout et pour tout le monde. Même de la soul tchèque (Marta Kubisova) ou du funk péruvien (les compils Gozalo Bugalu Tropical) !
Ungemuth c’est aussi un ton. Jamais pontifiant, le plus souvent catégorique, voire un peu ayatollah sur les bords (juste ce qu’il faut), il encense avec autant d’enthousiasme et de vigueur (et aussi de discernement) qu’il agonise.
On l’aura compris, à l’heure du triomphe du rock Pitchfork, Ungemuth fait chaque mois œuvre de salubrité publique en rappelant à notre bon souvenir tous ces illustres oubliés.
Ceux qui veulent découvrir tout le talent du monsieur seraient bien inspirés de foncer acheter « Garageland », coffee table book indispensable consacré au garage et à la pop sixties, et son dernier ouvrage sorti il y a peu, « Le Roman du Rock », composé de courts chapitres incisifs sur l’histoire du rock à la manière du A wop bop a loo bop a lop bam boom de Nik Cohn.
