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23 jan

Mother Funker #8 arrête la soul pour l’électro


Le début de l’émission est consacré à M.A Beat, le Serveur et Master Splinter Quartet.
On en reparlera dans peu de temps sur Black Milk car M.A Beat enregistre un EP en ce moment avec le Serveur aka Louis.
The Master Splinter Qtet sort son EP d’instrumentales jazz en mars.
Et tout ce beau monde + Mr Troy, Anastrophe et The Mentalurgist Project sont sur un projet de mixtape funk, ça déchire !
Checkez leurs Soundcloud:
M.A Beat: soundcloud.com/mabeat54
Le Serveur: soundcloud.com/leserveur
The Master Splinter Qtet: soundcloud.com/mastersplinter4tet/
Anastrophe: soundcloud.com/anastrophemusic
Mr Troy: soundcloud.com/mr-troy

La suite de l’émission est consacrée aux Gilles Peterson Worldwide Awards qui ont eu lieu samedi 21 janvier à Koko dans le quartier de Camden.
Le line-up est sélection de groupes à suivre pour 2012 et il est assez exclusif dans son genre.

Première performance au Royaume-Uni, le bassiste Thundercat, qui joue un style proche du jazz fusion. Le groove solide du batteur assure des jams qui partent en free jazz. Seul bémol, le chant a beau être audacieux, et les vocalises recherchées, la justesse laisse parfois à désirer. Sur l’album, qui est bon, c’est juste: The Golden Age of Apocalypse.

Jamie XX, a ensuite envoyé un dj set électro minimaliste, parfait par rapport l’ambiance de la salle. Et a joué quelques unes de ses productions comme son remix de Rolling In The Deep d’Adele. A noter, premier DJ de la soirée qui n’avait pas d’ordinateur sur son set. Ce qui a quand même plus de gueule.

SBTRKT a pris le relais. Groupe londonien, le public était dans la poche dès le début mais c’était légitime car le concert était bon. Malgré que la majorité du set soit contrôlé par des ordinateurs, la batterie et les percussions apportaient un peu d’originalité à la performance live et donnent une bonne pêche à l’ensemble. Petit bonus, Yukimi du groupe Little Dragon les a rejoint sur « Wildfire« .

Un dj set plus tard, Badbadnotgood monte sur scène pour le dernier concert « live » (il restera 10 minutes avant la fermeture pour le dernier dj). Le trio a un bon charisme, particulièrement le batteur qui a un jeu très rapide et qui fait rire avec son masque à tête de porc. Au milieu du set, la reprise d’un titre de James Blake tombe à pic pour ceux qui auraient pu se sentir désorientés. Le clavier est martelé, la batterie anéantie, l’ambiance est tout en tension, le doom jazz est là. Pas sûr que ça ait fait l’unanimité, le groupe étant encore peu connu du public.
(j’ai tout enregistré, la qualité des bootlegs a l’air pas mal, je vous ferai tourner)

On termine l’émission sur quelques coups de coeur.
« Lovin I Lost » extrait du dernier album de Common: The Dreamer The Believer. Je pensais que le sample était du Curtis Mayfield, mais ça vient en fait du titre I Loved and I Lost des Impressions.

J’ai quand même mis du Curtis Mayfield à la fin de l’émission parce que Mother Funker reste fidèle aux racines, à la soul qui nous a tous enfantés. Exit le péché de la pomme phosphorescente. La voix est nue. La vibration est brute. Curtis/Live!

Lee Fields sort le nouveau titre « You’re The Kind of Girl », extrait de l’album Faithful Man (Mars 2012). Les loveurs, laissez vous porter. En téléchargement gratuit.

Peace!

Mother Funker S2E8 – let’s get experimental by Blackmilkmusic on Mixcloud

22 nov

Sharon Jones, « soul sister number one »

Elle, je sais pas pourquoi j’en ai pas parlé avant. Je suis vraiment une méchante fille. C’était d’autant plus regrettable que je l’avais vu en live au Nancy Jazz Pulsations avec Buddy Jo il y a trois ou quatre ans et que je m’étais pris une claque monumentale. Réparons l’outrage.

Le titre de son dernier album, « I Learned The Hard Way », sonne comme un aveu ; Sharon Jones en a chié. Durant toutes ces années de purgatoire à attendre son heure, à s’entendre dire par des directeurs de label qu’elle était « trop petite, trop grosse, trop noire et trop vieille », elle s’est essayé aux plus improbables boulots alimentaires: gardienne de prison à Rikers Island, convoyeuse de fonds pour la Wells Fargo ( » Je portais un 38. J’étais une bonne tireuse »). En 1996, Gabriel Roth, jeune producteur de soul new-yorkais, aujourd’hui patron du label Daptone Records (Retenez bien ce nom: ça va devenir une formule magique dans les années à venir), cherche trois choristes pour une séance d’enregistrement avec Lee Fields (vétéran soul lui aussi chez Daptone Records). Sharon Jones décide alors de nous faire une Keith Moon. Elle lui annonce, bravache, qu’il peut en virer deux: « Je peux faire les trois voix moi-même. Tu feras des économies et je gagnerai plus ! ». Roth est sous le charme et décide de monter un projet autour d’elle, Sharon Jones and the Dap Kings, où il tiendra la basse. Tout ceci confirme une chose évidente; si on veut chanter la souffrance, il faut avoir souffert.

Sharon Jones et les Dap Kings se font la main sur un premier album brut («dap dippin with the Dap Kings») mais qui ne s’éloigne qu’insuffisamment des canons de l’orthodoxie funk pour pouvoir être vraiment totalement aimable. Les choses s’améliorent nettement avec le deuxième album, traversés par un funk encore très brownien par moments («your thing is a drag», «my man is a mean man»,), mais aussi de merveilles plus surprenantes, notamment une version pas croyable du «this land is your land» de Woody Guthrie (attestant une fois de plus des passerelles entre musique noire, folk et country), un duo hilarant avec Lee Fields, son désormais collègue de Daptone records («stranded in your love») et en règle générale, du groove en veux-tu-en voilà ( « how long do I have to wait for you», «all over again», «how do I let a good man down»). Mais c’est véritablement avec «100 days, 100 nights» qu’ils explosent. Il faut dire qu’avec des bombes (toutes composées ou quasi par Roth) comme «keep on looking», «tell me», «answer me», «100 days, 100 nights», qu’ils aient persisté dans la confidentialité êut été un putain de joli scandale. Ils en écouleront 150 000 exemplaires, ce qui est un score excellent pour un label indé (pour donner un ordre d’idées, le premier Mgmt s’est vendu à 2 millions d’exemplaires, ce qui était risible il y a encore 10 ans).

Avec «i learned the hard way » Ils poursuivent leur petit bonhomme de chemin, avec une maitrise totale, qu’ils piochent dans le son girls group (« give it back »), dans la soul ultra orchestrée (voire même un peu pompière sur «the game gets old») ou qu’ils donnent dans un des motifs favoris du genre, la cheatin soul, («i learned the hard way»), à chaque fois, c’est idéal. Jamais rien de superfétatoire. C’est concis, tendu, sophistiqué, et ça botte le cul («she ain’t a child no more »). Quand à Jones, elle est souveraine. On parle volontiers d’elle comme d’une « female james brown ». Certains l’appellent aussi « soul sister number one ». Il faut dire qu’étant né comme le gros James à Augusta en Géorgie, la comparaison s’impose d’elle même. Mais à l’heure où certains essaient de nous faire passer Colin Bailey Rae pour une nouvelle Minnie Ripperton, ces compliments pourraient paraitre exagérément flatteuses. Et bien en fait absolument pas.

Une james brown au féminin donc. Ce n’est pas faux. On retrouve chez elle ces manières autoritaires de demander un break, ces « wait a minute » impatients , cette incandescence spectaculaire sur scène commune au Godfather of Soul. Elle possède aussi sa férocité. On retrouve également chez elle la gouaille drolatique d’une Millie Jackson (« money »). Les dap kings, je n’ai pas grand chose à en dire, sinon qu’il s’agit probablement du meilleur orchestre soul-funk depuis les grandes heures des JB’s et des Meters. Ils ont le son. C’est à eux que la Winehouse doit son « back to black » (interrogé en 2007 sur cette dernière, Jones sortait les crocs: « they jumped on our wagon !»)

Soyons clairs : Il n’y a aucune servilité chez eux, juste un goût amoureux pour la musique noire de la grande époque. Et qu’on ne vienne pas me parler de « vintage », rien que le mot m’évoque ces meubles anciens Ikea qu’achète Dieu sait qui. Confondre l’authenticité avec le pittoresque facile, c’est ne voir dans le genre que son exotisme, c’est-à-dire être un touriste. Il ne s’agit pas de savoir si c’est « old school », la question n’est pas là. Roth le dit très bien : “We don’t have a retro approach. We are not referencing old music. We don’t fetish-ize vintage equipment or afro-wigs or bell-bottoms. Our music sounds authentic because it is authentic. It’s real people making real music. From the depths of our souls. From our heart of hearts. When it’s real, you don’t have to worry about any of that « retro revival genre » kind of shit.” Autant pour le vintage. D’ailleurs même lorqu’on loue « l’authenticité » d’un soulman, ça me parait suspect : C’est quoi un soulman « authentique » ? Un noir d’Atlanta ou de La Nouvelle-Orléans? C’est pas l’extraction qui compte, c’est le degré de foi, de hargne avec lequel on embrasse le truc. Sharon jones ne bouscule pas la tradition; Elle la bat à son propre jeu. Elle l’écrase avec son gros cul noir.

La chose la plus vraie sur Sharon Jones a été dite par le magazine Refresh « Dans la lignée des grandes diva soul, l’immense Sharon Jones est de celle qui laisse à penser que des légendes se créent encore ». C’est exactement ça ; Elle n’est pas l’émule de qui que ce soit. Elle se pose elle-même comme une nouvelle référence, du niveau des Mavis Staples, des Aretha Frankin, des Etta James, de toutes ces brillantes devancières. Et c’est aujourd’hui que ça se passe ; on ne se rend pas compte du miracle qu’est cette fille, on ne se rend pas compte qu’on est tous des sacrés veinards.

Sharon Jones : Une des meilleures raisons de vivre en 2011 qui se puisse trouver. Avec les films de James Gray, Philip Roth, Richard Hawley, Jiro Taniguchi, Léa Seydoux et Mahmoud Ahmadinejad.

Playlist :
«this land is your land»
«stranded in your love»
give it back
she ain’t a child no more
live canal
answer me
100 days 100 nights
how long do I have to wait
your thing is a drag
tell me
all over again
how do I let a good man down

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Faisons la courte, ces deux gars là man (avec le même accent que dans l’interview)…

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Daptone Records est le label qui a su redonner à la SOUL ses lettres de noblesses. 10 courtes années ont suffi à Gabriel Roth, le fondateur de Daptone, pour s’imposer comme une référence parmi les nouvelles productions soul et dans le courant revival soul.

Revenons en 2002. G. Roth, bassiste ne jurant que par la musique noire d’avant 1974, et le saxophoniste Neal Sugarman construisent à la sueur de leurs fronts un studio d’enregistrement dans une maison délabrée de Bushwick. C’est ici qu’il fondera le label Daptone Records et de ce lieu qu’il sortira les meilleurs sons soul funk de ces dernières années.

Sharon Jones & The Dap-Kings, « Got A Thing On My Mind », un des premiers enregistrements à sortir de Daptone Records

Les débuts sont difficiles. Gabriel Roth prend un poteau en voiture et en ressort presque aveugle pour l’enregistrement de Naturally,  le premier album de Sharon Jones & The Dap-Kings. Et malgré une notoriété grandissante de Sharon Jones dans le monde des diggers, les ventes peinent à décoller. C’est que le grand tournant soul n’a pas encore été pris, avec l’arrivée d’Amy Winehouse, et dont profitera Daptone Records.

Mark Ronson choisit les Dap-Kings pour enregistrer Amy Winehouse

Mark Ronson, alors producteur du futur Back To Black est à la recherche de ce son soul enfoui et jamais retrouvé depuis les années 70′s. Et c’est par la plus probable concurrence de circonstances qu’il fera appel aux Dap-Kings comme backing band en studio et en concert et à la Daptone House of Soul pour enregistrer.

La suite, on s’en rappelle un peu mieux et les choses commencent à pas mal tourner pour Daptone. En 2006-2007, Amy Winehouse remet la soul au goût du jour en vendant Back To Black à 3 millions d’exemplaires et Sharon Jones la jouera habile en sortant l’excellent 100 Days, 100 Nights en 2007 et en enchaînant les concerts. Elle surfera sur cette nouvelle vague soul. 100 000 copies sont écoulées et la notoriété que Sharon Jones atteint est inespérée pour une petite chanteuse noire de plus de 50 ans… En 2010, l’album tout aussi monumental I Learned The Hard Way sort et impose Sharon Jones comme un incontournable de la scène soul.

« Up From South » du Budos Band

D’autres formations comme le Budos Band ou le Menahan Street Band, El Michels Affair (Truth and Soul Records*) participent à forger le son Daptone, mélange de funk, de soul un grain afrobeat, parfois dans une ambiance un peu noire. Black Milk vous recommande d’écouter tous ces artistes et tout ce qu’ils ont sorti depuis le début si ce n’est pas déjà fait. (« daptones » sur spotify, vous pouvez en retrouver une bonne partie).

* Le label Truth and Soul a été fondé par Leon Michel ancien saxophoniste des Dap-Kings (jusqu’à l’album Naturally). Toutes les formations du label Daptone et de Truth & Soul sont des combinaisons d’une grande famille de musiciens, la Daptone family.

« Money i$ King » de l’album My World de Lee Fields

L’album My World de Lee Fields et No Time For Dreaming de Charles Bradley ont également marqué des gros coups pour le label qui a su les exporter en Europe et donner au public des concerts de très grande qualité avec des backing band comme The Expressions (pour Lee Fields) ou le Menahan Street Band pour Charles Bradley. Quand le band prend le set avec « Make The Road By Walking » pour chauffer le public, difficile de cacher sa la banane sur le visage. (précisément ce live)

« No Time For Dreaming » de Charles Bradley & The Menahan Street Band

Cela fait quelques années que l’on prend un grand plaisir à écouter la bonne musique que Daptone produit. Une musique sans sa gelée brillante de marketing, sa promo télé-réalité et son surmixage aseptisé… Some real good shit comme ils disent à Brooklyn. Ou comme Daptone Records le disent eux même, 10 ans qu’ils nous servent les plus savoureuses nuggets/pépites de soul, funk, gospel et afrobeat que l’on peut trouver sur un plateau de vinyle.

Article sur Daptone : Soul Reviver (New York Times)